> Avril 2003 : Visitez la nouvelle version du site | les lettres | le forum lettres | les liens
 
haut
Home
Maths
Lettres
Info
Lettres
Contact
Contact
   
 

haut
  LettresLes Lettres  
bas

News Liens

Documents
Théâtre
Liens: Fous de ?

  thèmes

MAITRES ET VALETS

L'île des esclaves

PDF

Monstres et Monstrusosité

Exposés

Le comique dans L'Île des esclaves

La coquetterie et le paraître dans L'Île des esclaves

Dessins

La critique sociale dans L'Île des esclaves

Dessin 1

Les fonctions du regard dans L'Île des esclaves

Dessin 2

L'esthétique baroque dans L'Île des esclaves

Dessin 3

La dimension morale de L'Île des esclaves

Dessin 4

L'utopie dans L'Île des esclaves

Dessin 5

Le pouvoir de la parole dans L'Île des esclaves

Dessin 6

ess.shtml

Présentation : Maitres et Valets

L'Île des esclaves

Présentation du travail

Classe de 1ère S raisonnablement hétérogène ;

33 élèves partagés de manière sensiblement égale entre garçons et filles ;

deux élèves doublants, un élève en réorientation.

Les deux séquences présentées ci-dessous sont les deux premières séquences de l’année scolaire ; l’ensemble de ce travail a donc commencé à la rentrée de septembre et s’est achevé peu après Noël.

Enfin, deux collègues PLC2 ont réalisé leur stage de pratique accompagnée dans cette classe au moment de la transition entre les deux séquences.

* * *

Première étape : Maîtres et valets dans une comédie du XVIIIe siècle.

Séance 0 :

-          les représentations des élèves : qu’est-ce qu’un maître ? qu’est-ce qu’un valet ? quels pourraient être les rapports entre eux ? y a-t-il une différence entre « valet » et « esclave » ?

-           définition et situation du problème.

Lectures cursives (indiquées dès la première heure de cours au mois de septembre) :

-           Marivaux, Le Jeu de l’amour et du hasard

-           Marivaux, Les Fausses confidences

-           Beaumarchais, Le Barbier de Séville

-           Beaumarchais, Le Mariage de Figaro

-           Molière, Dom Juan

-           Goldoni, Arlequin, serviteur de deux maîtres

-           Joseph Losey, The Servant

-           http://www.multimania.com/plavergne/maitretvalet.htm

 

Objectif de cette étape :

Dans une comédie du XVIIIe siècle, les rapports entre maîtres et valets peuvent être abordés à travers les formes et les fonctions du comique, ou à travers la « psychologie des personnages » ; ils  peuvent  aussi être lus sous l’éclairage de la satire à valeur cathartique sur le mode des Saturnales ou du Carnaval, sous celui de l’étude sociologique, de la morale, et même (…) de la dramaturgie. Mais on peut aussi montrer que ce qui se déroule sous nos yeux dans beaucoup de ces pièces relève pour une large part du politique– mais il s’agit alors d’une monstruosité politique.

L’objectif est ici de proposer des axes de lecture qui tiennent compte d’une telle approche plurielle de la notion. Or, la dimension dont l’accès présentera le plus de difficultés pour les élèves est sans doute la dernière. On se propose donc de commencer par un premier groupement de textes destiné à faciliter la compréhension de cette démarche.


 

v     Séquence 1 : Monstres et monstruosité (G. T.)

Liste de : - six textes

-        un texte – écho

-        une gravure

distribués aux élèves dès la première séance.

 

Séance 1. Les représentations des élèves : qu’est-ce qu’un monstre ? qu’est-ce que la monstruosité ?

-           caractère composite, hybride, ambigu (éléments constitutifs) " anormalité  "  caractère effrayant

-           laideur

-           créature artificielle (polysémie du mot !) " fantastique

-           il existe des monstres moraux (Médée) et d’autres métaphoriques (la ville)

-           un monstre peut être pathétique (E.T., Elephant Man)

-           chaque homme est sensible à certains monstres, chacun a sa propre « collection » de monstres

-           valeur psychologique du monstre : le monstre est la personnification de cette partie du moi que chaque homme refuse de reconnaître en lui-même

-           monstre : être solitaire, qui pourtant peut même être attirant (E.T., Orange mécanique ; qu’est-ce qu’un « monstre de scène » ?)

-           dé-monstr-ation et  mise en scène spectaculaire.

Parmi les connotations de la notion, deux, importantes pour la suite, ont du mal à apparaître à cette première étape du travail :

-           la liaison courante de la monstruosité avec le Mal ;

-           la dimension politique de la monstruosité : peut-on dire que, par exemple, tel chef d’État totalitaire est un monstre ? et, si oui, dans quelles conditions ?

Le premier de ces deux éléments apparaîtra de toute façon dans les 2e et 5e textes du groupement. Pour sensibiliser au deuxième élément, qui est le plus important pour la suite, on propose comme épreuve d’évaluation à l’issue de ce groupement une initiation au sujet de type II dont le support est le moment de l’apparition scénique du monstre dans Rhinocéros d’Ionesco : ce texte aurait d’ailleurs pu faire partie de ce groupement.

 

Séance 2 : V. Hugo, « Melancholia », in : Les Contemplations

Du réalisme visionnaire à la dénonciation morale, sociale, politique : la métaphore de la monstruosité au service d’un projet social et politique.

Travail sur la langue : la métaphore

      technique poétique : fonction du rejet

Écriture : proposer le plan d’un commentaire composé de ce texte.

Analyse de l’image (gravure anonyme d’illustration) :

-           organisation apparente de l’espace

-           l’implicite.

 

Séance 3. V. Hugo, Notre-Dame de Paris, I, 5

Une esthétique de la monstruosité : la valorisation du héros monstrueux ouvre l’accès à la diversité et à la vérité du vivant.

Travail sur la langue : l’élaboration signifiante d’un portrait.

Écriture : proposer le plan d’un commentaire composé de ce texte.

 

Séance 4. Racine, Phèdre, V, 6

Une vision tragique du monstre, une vision épique du monde : le monstre est ce qui permet à l’homme de trouver du sens dans l’univers.

Écriture : proposer le plan d’un commentaire composé de ce texte.

 

Séance 5 : Balzac, Ferragus, l’incipit.

Hymne d’amour à une ville - femme : monstruosité fascinante.

Travail sur la langue : une stratégie d’incipit : cultiver les attentes du lecteur.

Écriture : proposer le plan d’un commentaire composé de ce texte.

 

Séance 6 : M. Shelley, Frankenstein, ch. V

La solitude orgueilleuse du scientifique démiurge : le monstre comme moyen de communication entre des domaines qui ne devraient pas se rencontrer.

 

Séance 7 : Baudelaire, « Les Métamorphoses du vampire », in : Les Fleurs du Mal.

Une Muse infernale, monstre sacrilège et mortifère, mais mystérieux : fascination et répulsion.

Écriture : proposer le plan d’un commentaire composé de ce texte.

 

Évaluation : Initiation au sujet de type II.

Ionesco, Rhinocéros, II, 2 : la transformation de Jean sous les yeux de Bérenger.

Double bilan : du groupement de textes, on attend donc des rapprochements thématiques avec tel ou tel texte du groupement ;

du travail préparatoire sur le plan d’un commentaire composé, on attend donc un soin particulier dans la progression et la cohérence.

Bilan : caractéristiques communes dans la représentation de la monstruosité : rappel des représentations formulées en début de séquence et de celles dégagées au fil de l’étude des textes du corpus.

*


v     Séquence 2 : Marivaux, L’Île des esclaves, éd. G.F. Flammarion (O. I.)

 

Séance 1 : A partir des dossiers pédagogiques fournis par l’édition de référence :

-           situation de la pièce dans l’œuvre de Marivaux ; contexte historique ;

-           le thème de la dualité, de l’ambiguïté, à travers les titres des pièces ;

-           le personnage d’Arlequin à travers les titres des pièces.

N. B. Aucun rapprochement n’est officiellement établi, à cette étape, avec la séquence 1. Il est en revanche demandé aux élèves de laisser de la place dans leurs classeurs pour qu’ils formulent eux-mêmes ce rapprochement à la fin de la séquence 2.

 

Séance 2 : sc. VI, l. 15 – 75 (p. 72– 75 de l’édition de référence)

Lecture analytique : situation dans la pièce ; la parole des personnages comme marque de pouvoir (volume, ordre, comparaison avec les didascalies initiales) ; le regard des personnages : interprétations dramaturgiques ; la notion de théâtre dans le théâtre : mise(s) en scène et mise en abyme ; mimétisme et parodie à fonction cathartique ; mimétisme et sincérité : puissance du langage sur  les cœurs ; une morale de valets peut-elle être subversive ?

 

Séance 3 : groupes de 4 à 5 élèves.

Chaque groupe choisit le thème d’un exposé et les extraits qui l’illustreront (un par participant). Critères : à partir a) de la lecture personnelle préalable de la pièce et des dossiers pédagogiques, b) des recherches sur le site Internet indiqué, c) des éléments d’analyse apportés au cours de la séance 2, choisir un thème et des extraits pertinents a) qui semblent intéressants au groupe, et b) sur lesquels chaque exposant ait quelque chose à dire. Mais il ne saurait y avoir, dans la classe, deux exposés sur le même thème.

La démarche est bel et bien argumentative : montrer que le thème retenu apporte un éclairage intéressant à la pièce. La pertinence des extraits choisis est à évaluer par rapport au bonheur avec lequel ils rendent sensible cet éclairage.

N. B. Un délai de trois semaines sépare les séances 3 et 4, pendant lequel chaque groupe élabore son exposé en dehors de la classe, le professeur restant disponible pour répondre aux questions posées ou pour aider à résoudre les difficultés rencontrées. Ce temps est consacré, en classe, à l’initiation au sujet de type III, à partir d’un sujet fictif pour les élèves (« Qu’est-ce qui est finalement plus difficile à vivre dans une comédie du XVIIIe siècle : les rapports entre maîtres et valets, ou ceux entre hommes et femmes ? »). Le vrai sujet sur lequel portera l’évaluation finale de cette séquence a été distribué, lui, aux élèves dès le début de la séquence : « Voici la définition que le dictionnaire Le Petit Robert propose pour un des sens du mot couple, celui qu’il a en mécanique : " ensemble de deux forces parallèles égales entre elles, de sens contraire ". Vous direz dans quelle mesure cette définition s’applique au couple maître et valet tel qu’il apparaît dans les pièces du XVIIIe siècle que vous avez étudiées (en classe ou par vous-même), lues ou vues (au théâtre ou à la télévision). »

 

Séance 4 : Exposés de groupes.

N. B. 1. L’ordre et la date de passage sont établis par le professeur.

2 . Les élèves ont la consigne d’avoir préparé chaque exposé par une nouvelle lecture de la pièce à la lumière de cet exposé, de sorte qu’une discussion puisse éventuellement s’établir.

3. Une Grille d’évaluation d’un exposé oral en groupe est distribuée en classe. Trois des élèves ont chaque fois la charge d’évaluer le travail de leurs camarades et d’en proposer une note motivée ; cette proposition devient la note du groupe après discussion publique avec le professeur.

4. Chaque groupe a la possibilité d’aménager l’espace de la salle de classe selon la manière qu’il juge la plus conforme à sa démarche.

1er exposé : Le comique dans L’Île des esclaves

2e exposé : La coquetterie et le paraître dans L’Île des esclaves

 

Séance 5 : Exposés de groupes (suite).

3e exposé : La critique sociale dans L’Île des esclaves

4e exposé : Les fonctions du regard dans L’Île des esclaves

5e exposé : L’esthétique baroque dans L’Île des esclaves

 

Séance 6 : Exposés de groupes (fin).

6e exposé : La dimension morale de L’Île des esclaves

7e exposé : L’utopie dans L’Île des esclaves

8e exposé : Le pouvoir de la parole dans L’Île des esclaves

Chaque exposé est immédiatement suivi d’une discussion visant à évaluer, de manière contradictoire et motivée, la prestation de chaque groupe.

 

Séance 7 : Reprise des exposés.

Cours magistral aménagé. Approfondissement des thèmes, indications d’autres pistes possibles, confrontation d’extraits, élargissement à partir des textes indiqués en bibliographie initiale.

 

Travaux d’écriture :

 

1er exposé : Le comique dans L’Île des esclaves : réécrire le dénouement de la scène XI de cette pièce comme si c'était un dénouement  tragique.

Exemples :

a)

Scène XI : Cléanthis, Euphrosine, Iphicrate, trivelin.

Iphicrate : Je me demande où  vient de partir mon cher ami, il s'en est allé juste après vos quelques mots sur notre futur à Athènes, Madame.

Euphrosine : Il a sûrement  une affaire urgente à régler avant de partir.

Cléanthis (pleurant toujours de joie) : Ou ne veut-il pas nous montrer son émotion. Il était tellement heureux de pouvoir se comparer à un honnête homme.

Euphrosine : Ah ! Voici Monsieur Trivelin.

Cléanthis, se précipitant vers lui : Que nous sommes heureux de vous voir ! La paix est conclue !

trivelin, tristement : Mais…

Iphicrate, ne remarquant pas l'air triste de Trivelin :  Monsieur, il ne nous reste plus qu'à partir, soyez indulgent, il ne nous faut plus qu'un bateau et un batelier pour nous en aller !

trivelin : Mes enfants, laissez-moi parler. Je suis charmé de voir votre réconciliation mais un malheur vient d'avoir lieu. En venant vous rejoindre, j'ai aperçu Arlequin et pour la première fois depuis que je le connais, je l'ai vu pâle et triste. Je l'ai appelé mais il ne m'a pas répondu. Étonné, je lui ai couru après jusqu'à la falaise. Je me trouvais à une dizaine de mètres derrière lui quand il s'est retourné les yeux voilés. C'est à ce moment-là que je compris. J'ai couru de toutes mes jambes vers lui, mais il était trop tard…

Cléanthis : Oh, mon Dieu !!

Iphicrate, bégayant : Il… Il a sauté ?

trivelin : Oui mes enfants, il a sauté.

Cléanthis : Mais pourquoi ? C'est lui… enfin : c'était lui qui m'a montré l'exemple, être bon avec son maître.

Euphrosine (ayant du mal à retenir ses larmes) : Il pensait peut-être ne pas pouvoir quitter l'île et ne pouvant le supporter il s'est…

 

b)

TRIVELIN : Que vois-je  Vous pleurez, mes enfants. Que se passe-t-il ?

ARLEQUIN : C'est Iphicrate !

cléanthis : Oui, c'est Iphicrate !

euphrosine : Allons, reprenons-nous ! Je vais vous expliquer, mon cher : Iphicrate est mort.

cléanthis : Oui, il est mort !

euphrosine : Nous venons de le trouver dans sa chambre, enfin Arlequin l'a trouvé. Il s'est pendu, nous venons de l'apprendre à l'instant par notre ami qui se retrouve donc sans maître ni avenir, seul sur cette île.

TRIVELIN : Enfin, je ne comprends pas pourquoi il a fait cela.

ARLEQUIN : Il était très touché que je le pardonne et ne lui en veuille point du mal que j'ai enduré malencontreusement par sa faute (il se remet à pleurer).

TRIVELIN : Si j'ai bien compris, il aurait fait cela dans le but de se faire pardonner des fautes qu'il a commises dans le passé en préférant ne pas risquer de les commettre à nouveau de retour chez lui, à Athènes.

ARLEQUIN : Oui, je crois. (Continuant à pleurer :) Oh mon pauvre Iphicrate !

 

c)

Scène 11 : un insulaire, trivelin, Euphrosine, Iphicrate.

un insulaire, affolé : Venez vite ! Venez vite ! Une terrible chose s'est produite dans une des cases, là-bas… (montre une case du doigt)

trivelin, impatient : Eh bien quoi ? Explique-toi ! Que s'est-il passé ?

l' insulaire, toujours affolé : C'est terrible ! C'est… c'est Arlequin et Cléanthis !

Euphrosine et Iphicrate, paniqués, secouant l'insulaire pour le faire parler : Tu vas nous dire ce qui se passe ?

l' insulaire, terrifié : Ils se sont donné la mort, tous les deux. Nous les avons trouvés tout à l'heure, le mal était déjà fait. Je suis désolé, je suis venu vous avertir aussi rapidement que j'ai pu. (Euphrosine s'évanouit)

Iphicrate, complètement abattu, la voix troublée : Non, mon dieu ! Comment cela est-il possible ? Arlequin, qu'est-ce qui t'a pris ? Comment… comment… ? (il court vers la case désignée par l'insulaire)

trivelin, à l'insulaire : Tu as bien fait de venir. Comment cela s'est-il produit ?

l' insulaire : Ils se sont ouvert les veines avec du verre de bouteille, de vin me semble-t-il. C'était affreux ! Il y avait plein de sang partout, répandu sur le sol.

trivelin : Ont-ils laissé un message, ou quelque chose ?

l' insulaire : Arlequin tenait une feuille de papier dans sa main où était inscrit le message suivant : " Nous partons, Cléanthis et moi, pour un long voyage, pour que nos  maîtres aient d'autres esclaves que nous, pour qu'ils puissent les rendre aussi bons qu'ils nous ont rendus bons. Merci pour cela. Notre chemin s'achève, nous avons rempli notre mission puisque nous, nous avons été les meilleurs esclaves qu'un maître n'aura jamais, nous n'avons plus rien à apprendre. Nous sommes nés pour être esclaves, nous l'avons été, nous mourons esclaves. Tel est notre rôle. Nous l'avons rempli. Adieu. " ce moment-là, Iphicrate et Euphrosine arrivent en pleurant)

Iphicrate : Sur ce drame, Euphrosine et moi rentrons à Athènes. Votre leçon a été efficace. Trivelin, je vous en remercie. (Il lui donne un coup de poing. Iphicrate et Euphrosine rejoignent le plage et attendent l'arrivée d'un bateau.)

 

d)

Scène XI : TRIVELIN et tous les acteurs précédents sauf EUPHROSINE

TRIVELIN : Que vois-je ? Vous pleurez, mes enfants !

ARLEQUIN : Ah, vous ne voyez rien, le drame s'est produit ! Vous et vos lois avez fait perdre la vie. Il nous faut maintenant un bateau et un batelier pour nous en aller ; et si vous nous les donnez, vous corrigerez peut-être vos erreurs.

TRIVELIN : Et vous, Cléanthis, êtes-vous du même sentiment ?

Cléanthis : Voyez ce qu'il en est. Ma maîtresse, émue par nos réconciliations, a avoué qu'elle était  fautive, s'en voulait de m'avoir fait du mal. C'est ce qu'elle m'a dit après m'avoir conté qu'elle partagera avec moi tous ses biens, si nous retournons à Athènes. Et elle a ajouté que, en fait, elle me donne tous ses biens car elle ne retournera pas à Athènes. Puis, elle est partie se jeter dans les rivages. C'est vrai que je lui en voulais de m'avoir gardée comme esclave mais elle s'était repentie. Je n'ai  que faire de vous en dire davantage.

ARLEQUIN : Voilà aussi mon dernier mot.

TRIVELIN : Mes chers enfants, ce n'est pas à cela que je m'attendais. Vous deviez vous réconcilier tous entre vous et repartir heureux mais ce n'est pas le cas. Euphrosine s'est punie elle-même de ses duretés envers Cléanthis. Vous, Iphicrate, respectez votre valet, et la culpabilité ne vous rongera pas. Vous partirez dans deux jours, et vous reverrez Athènes. Vous, Cléanthis, recevez l'héritage de votre maîtresse. La perte d'une personne proche sera j'espère comblée par cette richesse.

Cléanthis : Vous n'avez aucune morale. La fin de ces manipulations que vous exigez sur cette île sur nos maîtres va arriver. Vous êtes ignobles. Retournons à Athènes…

3e exposé : La critique sociale dans L’Île des esclaves : réécrire la tirade de Cléanthis à la scène X (la « parabase »), en s'inspirant de celle de Figaro sous les marronniers (Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, V, 3).

Exemples :

a)

Ah vraiment, nous y voilà avec vos beaux exemples… Voilà de nos gens qui nous méprisent dans le monde, qui font les fiers, qui nous maltraitent, et qui nous regardent comme des vers de terre ; et puis qui sont trop heureux dans l'occasion de nous trouver cent fois plus honnêtes gens qu'eux. Fi ! Est-il rien de plus bizarre que ma destinée, on se joue de moi, on m'abandonne dès ma naissance, une femme admirable m'"adopte", ou plutôt fait de moi une femme de chambre modèle car, étant une maîtresse distinguée - mais sensible - elle ne pouvait élever une rejetée que j'étais comme sa propre fille. Mais je l'adorais. Puis tout mon bonheur s'est envolé avec leur déménagement me laissant seule à nouveau. Il se trouva que le père de cette égoïste me rencontra par un pur hasard, et décida de me prendre comme valet de Madame. Je fis tant d'efforts pour que cette dernière me trouve à son goût, et elle, comment me remerciait-elle ? "Faites cela, je le veux ; taisez-vous, sotte !" Et aujourd'hui, on me demande de me repentir, de pardonner !… Et à qui le demandez-vous ? à de pauvres gens que vous avez toujours offensés, maltraités, accablés. O bizarre suite d'événements ! Comment cela m'est-il arrivé ? Pourquoi ces choses et non pas d'autres ?  Qui les a fixées sur ma tête ? Mais puisqu'il en est ainsi, soit, je vous pardonne. Mais je garderai au plus profond de moi les traitements que vous m'avez fait subir.

b)

 Ah vraiment, écoutez-les dire avec leurs beaux exemples. Moi, Cléanthis, fille de paysans, maltraitée, malaimée, abandonnée à la rue le jour de mes dix ans… Ah oui, que cela est mémorable. Par combien de fois ne m'a-t-on abordée alors que j'errais ici et là, ne sachant où aller : "Eh toi… petite ! Où vas-tu donc seule et à cette heure si tardive ? N'as-tu d'endroit où aller ?" Eh oui ! encore un de ces honnêtes bonshommes du haut rang qui croyait  que parce que je n'étais à personne j'allais être à lui. Un beau jour, une personne dite "comme  il faut" vint me parler : "Bonjour, je m'appelle Euphrosine, si tu le veux, je t'adopte. Tu habiteras sous mon toit, tu seras bien traitée, je te traiterai comme mon amie." écoutez ces belles paroles. C'est que la madame Euphrosine a l'art et la manière de dire tout comme il faut. Cela est normal puisqu'elle est comme  il faut. J'acceptai donc. Mais je ne savais pas encore sur quelle sorte de phénomène de société j'étais tombée, c'est que l'on n'en fait plus de semblables ! Impossible de faire la moindre chose, le moindre choix, sans m'en avertir, elle n'est, sans moi, visiblement rien : elle en est réduite à néant. Ah ! ces pauvres êtres puissants qui font les fiers, qui se comportent comme les créatures les plus "au-dessus" des autres que la terre ait jamais portées jusqu'alors ! Vous me faites bien rire ! Sans nous, valets, vous n'existez pas. Vous pensez tout savoir parce que vous possédez mille belles choses, mais à l'intérieur, c'est vide ! Votre position dans la société agit sur vous à tel point que vous ne pouvez aimer, ou même être, selon votre avis personnel, vos goûts. Ce rang social vous "mène à la baguette" et vous ne vous en rendez compte. Voyez-vous toutes ces choses que vous manquez ? Non bien sûr, votre statut ne vous le permet pas ! Moi au moins, je suis "vraie", je suis une femme qui aime des choses, qui va où bon lui semble d'aller, rien ne m'empêche, rien ne me guide, c'est cela la vie…

4e exposé : Les fonctions du regard dans L’Île des esclaves : dresser un croquis  du plateau représentant la mise en scène que vous imaginez de cet extrait du passage étudié en classe (séance 2) pendant lequel Arlequin commande à Iphicrate que l'on apporte des sièges.

Séance 8 : Reprise des exposés (fin).

Même démarche.

Travaux d’écriture :

 5e exposé : L’esthétique baroque dans L’Île des esclaves : Écrire une scène d’exposition relevant de l’esthétique classique.

Exemples :

a)

Scène première : iphicrate (seul sur scène) :

Seuls sur cette île échappés du naufrage, qu'allons-nous devenir ? Ceci est une question qui me tourmente… d'autant plus que cette île ne me dit rien qui vaille : elle me rappelle celle dont j'ai entendu parler, où des esclaves de Grèce se sont révoltés puis venus s'établir… Oh, non ! je vais perdre ma liberté !… Il ne faut surtout pas que je prévienne mon valet, je le connais, il profiterait de la situation. Il faut que je trouve rapidement une solution avant que celui-ci n'arrive… Je sais, si nous sommes en vie il y a sûrement une partie de nos gens sains et saufs, peut-être même qu'en marchant le long de la côte nous retrouverions notre chaloupe et pourrions embarquer en vue de retrouver Athènes. Oui, cela me paraît plus raisonnable, hâtons-nous ! Oh, mais avant, il faut que je retrouve ce valet, avant qu'il découvre la vérité !  (Iphicrate court en direction du valet).

b)

Scène première : iphicrate et damis (marchant sur l'île)

iphicrate : Damis !

damis (fatigué, marchant lentement derrière Iphicrate) : Oui, mon patron !

iphicrate : Crois-tu que nous soyons les seuls rescapés du naufrage de notre bateau ?

damis : J'en ai bien peur, et vous risquez fort de ne jamais revoir Athènes.

iphicrate : Oh, ne parle pas comme ça ! Si seulement nous trouvions une barque, ou un habitant de l'île pour nous aider à rentrer chez nous !

damis : Si seulement nous pouvions rester ici ; nous deviendrions sûrement de très bons amis sur cette île où les classes sociales qui nous séparent n'existent peut-être pas ! N'est-ce pas, mon cher patron ?

iphicrate (à part) : S'il savait !… La situation est pire qu'il ne l'imagine. Je crains fort que nous soyons sur l'île des esclaves, là où d'anciens esclaves rebellés tuent tous les malheureux maîtres naufragés… (à Damis) Euh… Tu as raison, Damis, ce serait sûrement très intéressant.

damis : Mais j'aperçois là-bas un habitant de l'île, allons donc voir si l'un de nos souhaits sera exaucé !

iphicrate (à part) : Oh que je suis inquiet !… enfin peut-être me suis-je trompé… (à Damis) Bien sûr ! allons nous renseigner tout de suite.

c)

Scène première : iphicrate et armand

(Le théâtre représente une mer et des rochers d'un côté, et de l'autre quelques arbres et des maisons)

iphicrate : Armand ?

armand : Oui mon maître.

iphicrate : Sais-tu donc où notre navire s'est échoué ?

armand : Oui, je le sais, sur l'île des esclaves ; vous m'en voyez désolé, maître.

iphicrate : Cherchons nos camarades, peut-être ont-ils survécu aux vagues… (Arrivent en ce moment deux personnages.)

armand : Qui êtes-vous ? Que nous voulez-vous ?

Les deux personnages : Nous sommes des esclaves de la Grèce révoltés contre nos maîtres, cela fait cent ans que nous sommes installés sur cette île. Nous avons coutume de tuer ou de réduire en esclavage tous les maîtres. D'ailleurs, cet homme, là (il désigne Iphicrate du doigt), n'est-il pas maître ?

armand : Ah que non ! Il est mon ami, et nous sommes tous deux esclaves. Nous venons de perdre nos maîtres, notre navire s'est échoué sur les rochers (il fait mine de pleurer ; Iphicrate l'imite).

un des PERSONNAGES : Ne vous mettez point dans un pareil état, voyons ! Vous êtes à présent libres : cela n'est-il pas le plus important ? Allons, venez, nous allons vous apprendre à être heureux…

6e exposé : La dimension morale de L’Île des esclaves : Réécrire la dernière tirade d’Euphrosine à la scène VIII en faisant en sorte que ce soit elle qui formule la  morale de la pièce.

Exemples 

a)

Ne persécute pas une infortunée parce que tu peux la persécuter impunément. Je sais que tu n'as point d'égard à mon rang, ma naissance et mon éducation, mais ma douleur devrait t'attendrir même après les mauvais traitements que j'ai pu infliger à Cléanthis ou même à toi. Arlequin, toi qui te dis si bon et si généreux, sache que la plus grande qualité est de savoir pardonner même son pire ennemi lorsqu'il est dans la douleur ou la misère. Maintenant je n'ai plus rien à te dire et puisque tu es devenu le maître, tu es libre de choisir ce qui te semble le mieux.

b)

Ne me persécute point. Te rends-tu compte de ce que tu dis ? Vous pensez, toi et Cléanthis, pouvoir nous remplacer dans notre rôle de maîtres, mais vous ne le pourrez jamais, nous n'avons pas le même statut social, le mieux que vous puissiez faire serait seulement de nous imiter et en mal qui plus est. Redevenez nos esclaves car telle est votre destinée et redevenons vos maîtres pour la même raison. Je reconnais que nous avons mal agi sur vous quand nous étions maîtres, à présent pardonnez-nous dans votre rôle de faux maîtres. La différence des conditions n'est qu'une épreuve que les dieux font sur nous, réfléchissez-y.

N. B. Chaque groupe enregistre son travail sur disquette en tenant compte des éléments apportés lors  des reprises et en respectant, dans toute la mesure du possible, le caractère oral de l’exposé. L’ensemble figurera sur la page Internet du lycée, à côté des travaux des années précédentes.

Séance 9 : Synthèse.

Le Jeu de l’amour et du hasard, I, 7 (pages 209-211 du manuel de la classe).

Formulation des problématiques de cet extrait.

Commentaire de la vignette marginale (mise en scène d’Alfredo Arias, 1987).

Séance 10 : Analyse de l’image filmique.

Joseph Losey, The Servant.

L’écriture cinématographique des rapports entre maîtres et valets : plongée et contre-plongée, lumières et ombres, images spéculaires.

Séance 11 : Bilan.

-           L’Île des esclaves en tant que monstruosité politique.

-           Préparation aux épreuves orales de type bac : démarche, contenu, critères et grille d’évaluation.

*


 

[ Retour ]

[ Imprimer ]

[ Haut ]

[ Proposer ]

[ Contact ]

 
 
©ffred Soft 2002- In f(x) Venenum - http://infx.info