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MAITRES ET VALETS

L'île des esclaves

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Dessin 6

ess.shtml

Les fonctions du regard dans L'Île des esclaves

FONCTIONS DU REGARD

 

LES FONCTIONS DU REGARD

Dans

l’Île des esclaves.

 

 

 

 

 

PLAN :

 

I) REGARD PHYSIQUE

 

 

 

A - HABILLEMENT

 

B - ATTRIBUTS

 

 

 

II) REGARD MORAL

 

 

 

III) RELATION ENTRE LE MORAL ET LE PHYSIQUE

 

 

 

IV) REGARD DU SUBCONSCIENT

 

 

 

 

 

INTRODUCTION :

L’Île des esclaves de Marivaux est une pièce de théâtre donc il est essentiel de parler du regard : celui du spectateur qui assiste à la représentation, celui du spectateur sur scène, et des personnages entre eux. En effet dans les différentes parties de l’exposé nous verrons ces différents degrés de théâtre, de mises en scène.

 

 

 

I) REGARD PHYSIQUE

 

 

 

A) HABITS

 

1er passage étudié : scène II, ligne 32 à 59 : Trivelin, le chef de l’île, vient de faire arrêter Iphicrate qui courait après Arlequin une épée à la main et lui explique les lois de l’île, et donne à Arlequin l’épée le faisant ainsi maître.

 

TRIVELIN, à Arlequin : Dans ce moment-ci, il peut vous dire tout ce qu'il voudra. (À Iphicrate.) Arlequin, votre aventure vous afflige, et vous êtes outré contre Iphicrate et contre nous. Ne vous gênez point, soulagez-vous par l'emportement le plus vif ; traitez-le de misérable, et nous aussi ; tout vous est permis à présent ; mais ce moment-ci passé, n'oubliez pas que vous êtes Arlequin, que voici Iphicrate, et que vous êtes auprès de lui ce qu'il était auprès de vous ; ce sont là nos lois, et ma charge dans la république est de les faire observer en ce canton-ci.

ARLEQUIN : Ah ! la belle charge !

IPHICRATE : Moi, l'esclave de ce misérable !

TRIVELIN : Il a bien été le vôtre.

ARLEQUIN : Hélas ! il n'a qu'à être bien obéissant, j'aurai mille bontés pour lui.

IPHICRATE : Vous me donnez la liberté de lui dire ce qu'il me plaira ; ce n'est pas assez : qu'on m'accorde encore un bâton.

ARLEQUIN : Camarade, il demande à parler à mon dos, je le mets sous la protection de la république, au moins.

TRIVELIN : Ne craignez rien.

CLEANTHIS à Trivelin : Monsieur, je suis esclave aussi, moi, et du même vaisseau ; ne m'oubliez pas, s'il vous plaît.

TRIVELIN : Non, ma belle enfant ; j'ai bien connu votre condition à votre habit, et j'allais vous parler de ce qui vous regarde, quand je l'ai vu l'épée à la main. Laissez-moi achever ce que j'avais à dire. Arlequin !

ARLEQUIN, croyant qu'on l'appelle : Eh ! ... À propos, je m'appelle Iphicrate.

 

Ici nous pouvons voir que Trivelin a reconnu Cléanthis à son habit en effet les maîtres et les valets ne sont certainement pas vêtus de la même manière, et on les distingue à cela : en effet pour que les maîtres deviennent valets et les valets deviennent maîtres Trivelin les fait changer d’habits : scène II ligne 99 à 111:

 

TRIVELIN, aux esclaves : Quant à vous, mes enfants, qui devenez libres et citoyens, Iphicrate habitera cette case avec le nouvel Arlequin, et cette belle fille demeurera dans l'autre ; vous aurez soin de changer d'habit ensemble, c'est l'ordre. (À Arlequin.) Passez maintenant dans une maison qui est à côté, où l'on vous donnera à manger si vous en avez besoin. Je vous apprends, au reste, que vous avez huit jours à vous réjouir du changement de votre état ; après quoi l'on vous donnera, comme à tout le monde, une occupation convenable. Allez, je vous attends ici. (Aux insulaires.) Qu'on les conduise. (Aux femmes.) Et vous autres, restez.

Arlequin, en s'en allant, fait de grandes révérences à Cléanthis.

 

 

 

B) ATTRIBUTS

 

Didascalies, scène I :

 

Arlequin avec une bouteille de vin qu’il a à la ceinture

 

Arlequin prenant la bouteille pour boire

 

Iphicrate au désespoir courrant après lui une épée à la main

 

sur une île et Iphicrate apprend à Arlequin que l’île des esclaves: endroit où les maîtres deviennent valets et les valets deviennent maîtres

 

 

 

II) REGARD MORAL

 

2ème passage étudié: scène I ligne 56 à 66 et 67 à 79

 

Ce passage se situe au début de la pièce : Iphicrate et Arlequin viennent d’échouer sur une île et Iphicrate apprend à Arlequin que c’est l’île des esclaves

 

IPHICRATE : Allons, hâtons-nous, faisons seulement une demi-lieue sur la côte pour chercher notre chaloupe, que nous trouverons peut-être avec une partie de nos gens ; et, en ce cas-là, nous nous rembarquerons avec eux.

ARLEQUIN, en badinant : Badin, comme vous tournez cela ! (Il chante.)

 

L'embarquement est divin,

Quand on vogue, vogue, vogue ;

L'embarquement est divin

Quand on vogue avec Catin…

 

IPHICRATE, retenant sa colère : Mais je ne te comprends point, mon cher Arlequin.

ARLEQUIN : Mon cher patron, vos compliments me charment ; vous avez coutume de m'en faire à coups de gourdin qui ne valent pas ceux-là ; et le gourdin est dans la chaloupe.

IPHICRATE : Eh ne sais-tu pas que je t'aime ?

ARLEQUIN : Oui ; mais les marques de votre amitié tombent toujours sur mes épaules, et cela est mal placé. Ainsi, tenez, pour ce qui est de nos gens, que le ciel les bénisse ! s'ils sont morts, en voilà pour longtemps ; s'ils sont en vie, cela se passera, et je m'en goberge.

IPHICRATE, un peu ému : Mais j'ai besoin d'eux, moi.

ARLEQUIN, indifféremment : Oh ! cela se peut bien, chacun a ses affaires : que je ne vous dérange pas !

IPHICRATE : Esclave insolent !

 

Dans ce passage nous pouvons voir que Arlequin est très joyeux:

 

< Arlequin siffle

 

distrait, chante

 

en badinant

 

indifférent

 

riant >

 

tandis qu’Iphicrate est désespéré:

 

< Iphicrate s’avance tristement

 

après avoir soupiré

 

retenant sa colère

 

un peu ému >

 

BILAN :

 

Cette première partie concerne donc la première mise en scène: celle de Marivaux attribuant des objets et des habits suivant le rang social de la personne se fiant ainsi aux principes de son époque, certainement pour les dénoncer. Nous avons aussi vu la seconde mise en scène avec Trivelin qui inflige un changement d’habits et de condition des personnages.

 

 

 

III) RELATION ENTRE LE MORAL ET LE PHYSIQUE

 

Nous allons voir un passage un peu plus long qui nous montre l’évolution morale des personnage et ce qu’elle entraîne scène IX ligne 50 à 77 puis scène X ligne1 à 18 :

 

ARLEQUIN : Tu as raison, mon ami ; tu me remontres bien mon devoir ici pour toi ; mais tu n'as jamais su le tien pour moi, quand nous étions dans Athènes. Tu veux que je partage ton affliction, et jamais tu n'as partagé la mienne. Eh bien ! va, je dois avoir le cœur meilleur que toi ; car il y a plus longtemps que je souffre, et que je sais ce que c'est que de la peine. Tu m'as battu par amitié : puisque tu le dis, je te le pardonne ; je t'ai raillé par bonne humeur, prends-le en bonne part, et fais-en ton profit. Je parlerai en ta faveur à mes camarades, je les prierai de te renvoyer, et, s'ils ne veulent pas, je te garderai comme mon ami ; car je ne te ressemble pas, moi ; je n'aurai point le courage d'être heureux à tes dépens.

IPHICRATE, s'approchant d'Arlequin : Mon cher Arlequin, fasse le ciel, après ce que je viens d'entendre, que j'aie la joie de te montrer un jour les sentiments que tu me donnes pour toi ! Va, mon cher enfant, oublie que tu fus mon esclave, et je me ressouviendrai toujours que je ne méritais pas d'être ton maître.

ARLEQUIN : Ne dites donc point comme cela, mon cher patron : si j'avais été votre pareil, je n'aurais peut-être pas mieux valu que vous. C'est à moi à vous demander pardon du mauvais service que je vous ai toujours rendu. Quand vous n'étiez pas raisonnable, c'était ma faute.

IPHICRATE, l'embrassant : Ta générosité me couvre de confusion.

ARLEQUIN : Mon pauvre patron, qu'il y a de plaisir à bien faire !

Après quoi il déshabille son maître.

IPHICRATE : Que fais-tu, mon cher ami ?

ARLEQUIN : Rendez-moi mon habit, et reprenez le vôtre ; je ne suis pas digne de le porter.

IPHICRATE : Je ne saurais retenir mes larmes. Fais ce que tu voudras.

 

Scène X : Cléanthis, Euphrosine, Iphicrate, Arlequin.

 

CLEANTHIS, en entrant avec Euphrosine qui pleure. Laissez-moi, je n'ai que faire de vous entendre gémir. (Et plus près d'Arlequin.) Qu'est-ce que cela signifie, seigneur Iphicrate ? Pourquoi avez-vous repris votre habit ?

ARLEQUIN, tendrement : C'est qu'il est trop petit pour mon cher ami, et que le sien est trop grand pour moi.

Il embrasse les genoux de son maître.

CLEANTHIS : Expliquez-moi donc ce que je vois ; il semble que vous lui demandiez pardon ?

ARLEQUIN : C'est pour me châtier de mes insolences.

CLEANTHIS : Mais enfin notre projet ?

ARLEQUIN : Mais enfin, je veux être un homme de bien ; n'est-ce pas là un beau projet ? je me repens de mes sottises, lui des siennes ; repentez-vous des vôtres, Madame Euphrosine se repentira aussi ; et vive l'honneur après ! cela fera quatre beaux repentirs, qui nous feront pleurer tant que nous voudrons.

 

Nous pouvons donc constater qu’Arlequin change de comportement, il réalise qu’il a été idiot et que ce n’est pas parce qu’il porte un bel habit qu’il est quelqu’un : il préfère reprendre ses habits avec ses mérites que de porter des habits affichant des mérites qu’il n’a pas, en fait ça pourrait être une des morales de la pièce.

 

 

 

 

 

IV) REGARD DU SUBCONSCIENT

 

Le passage suivant se trouve à la scène VI: Cléanthis et Arlequin imitent leurs maîtres, Cléanthis demande à Arlequin de lui faire la cour :

 

CLEANTHIS : Rayez ces applaudissements, ils nous dérangent. (Continuant.) Je savais bien que mes grâces entreraient pour quelque chose ici, Monsieur, vous êtes galant ; vous vous promenez avec moi, vous me dites des douceurs ; mais finissons, en voilà assez, je vous dispense des compliments.

ARLEQUIN : Et moi je vous remercie de vos dispenses.

CLEANTHIS : Vous m'allez dire que vous m'aimez, je le vois bien ; dites, Monsieur, dites ; heureusement on n'en croira rien. Vous êtes aimable, mais coquet, et vous ne persuaderez pas.

ARLEQUIN, l'arrêtant par le bras, et se mettant à genoux : Faut-il m'agenouiller, Madame, pour vous convaincre de mes flammes, et de la sincérité de mes feux ?

CLEANTHIS : Mais ceci devient sérieux. Laissez-moi, je ne veux point d'affaires ; levez-vous. Quelle vivacité ! Faut-il vous dire qu'on vous aime ? Ne peut-on en être quitte à moins ? Cela est étrange.

ARLEQUIN, riant à genoux : Ah! ah ! ah ! que cela va bien ! Nous sommes aussi bouffons que nos patrons, mais nous sommes plus sages.

CLEANTHIS : Oh ! vous riez, vous gâtez tout.

 

Dans ce passage Arlequin séduit Cléanthis à sa demande, mais celui-ci a beaucoup de mal : il rit, il s’applaudit,... ce qui énerve énormément Cléanthis qui lui demande de s’appliquer. Et donc Arlequin se met à jouer son rôle formidablement, il joue tellement bien qu’il effraye Cléanthis car elle le croit sincère. On peut expliquer ce changement d’attitude d’Arlequin : on pourrait supposer qu’Arlequin a un petit faible pour Euphrosine, en effet si on étudie les didascalies on peut constater qu’Arlequin la regarde mais aussi que dans la première didascalie ils sont un couple :

 

Scène VI : Cléanthis, Iphicrate, Arlequin, Euphrosine

 

Iphicrate et Euphrosine s'éloignent en faisant des gestes d'étonnement et de douleur. Cléanthis regarde aller Iphicrate, et Arlequin, Euphrosine.

 

On pourrait donc supposer qu’Arlequin, aimant Euphrosine et que Cléanthis étant habillé en Euphrosine, s’imagine Euphrosine à travers Cléanthis. Et c’est de même pour Cléanthis : elle veut s’entendre dire des douceurs de la part d’Arlequin car elle s’imagine Iphicrate à travers Arlequin. C’est ce que l’on a nommé le regard du subconscient.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

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